S'équiper en audioprothèses sans craindre l’arnaque

Camille
Camille
10 nov. 2023

Démarchage téléphonique, vente à domicile, interprétation faussée et tronquée des audiogrammes, abandon des patients après l’achat de l’appareil, absence de réglages, des audioprothésistes peu scrupuleux sévissent en France depuis l’instauration du 100 % santé et de son panier 100 % audiologie !

Alors prudence et méfiance !

L’émission de France 2, Envoyé Spécial, faisait son sujet d’ouverture à la rentrée : l’arnaque dans le milieu de la correction auditive est florissante en France1 ! Depuis la mise en place du 100 % Santé, les fraudes se sont multipliées. À quoi ressemblent ces fraudes exactement ? Comment le patient peut-il les éviter ?

Mon Centre Auditif revient sur ces escroqueries fréquentes et vous explique comment se faire appareiller sans craindre de se faire arnaquer.

Le contexte : le 100 % Santé et un marché de l’audition en pleine expansion

Les chiffres sont sidérants : 1 Français sur 4 aurait besoin d’une correction auditive adaptée, soit 13 millions de Français concernés. Pourtant pendant très longtemps le domaine de la santé auditive était fermé. Les aides auditives étaient bien trop onéreuses pour que la majorité des personnes malentendantes ou sourdes s’appareillent correctement malgré leur mutuelle santé.

Tout a changé avec la mise en place de la réforme 100 % Santé. Cette grande réforme de santé permet de se soigner dans les domaines de l’audiologie, de l’optique et du dentaire. En audiologie, une liste de plusieurs dizaines de références d’audioprothèses sont désormais 100 % remboursées. Le patient n’a absolument rien à avancer de sa poche. Tout est pris en charge à 100 % par la Sécurité Sociale et par la complémentaire santé ! Une excellente nouvelle pour des millions de Français qui hésitaient à se faire appareiller.

Depuis la mise en place du 100 % santé, le nombre d’appareillages a explosé. Plus de 90 % en 3 ans ! Les audioprothésistes se retrouvent alors avec un planning de rendez-vous bien chargé. De nouvelles boutiques, de nouvelles enseignes ont vu le jour, 30 % en plus en 3 ans. Attention, toutes ne se valent pas pour autant.

Face à ces chiffres croissants et au marché lucratif que la correction auditive peut représenter, l’arnaque n’est pas loin ! Des professionnels peu scrupuleux ont perçu, avec la mise en place de cette réforme, l’opportunité d’escroquer et d’arnaquer très facilement la Sécurité sociale. Car oui rappelons que le marché des audioprothèses représente 2,2 milliards d’euros !

Attention aux fraudes !

Alors comment se manifestent ces escroqueries ? Ces fraudes peuvent prendre plusieurs formes, mais très souvent un profil se dégage :

  • La victime est repérée par démarchage téléphonique. Une personne se présente comme un agent du ministère de la santé ou de la Sécurité Sociale. Celle-ci vous invite à faire contrôler votre audition. Les personnes seniors ou âgées sont particulièrement visées.
  • L’audioprothésiste malhonnête, qui n’est souvent pas diplômé, peut venir à domicile et appareiller les clients en 10 minutes top chrono. C’est complètement illégal.
  • La consultation visio d’un ORL qui assure que le patient a bien une perte d’audition et prescrit ainsi des audioprothèses n’est pas non plus valable. Gare aux consultations en visio avec un pseudo ORL ! Jamais une consultation visio ne vaut une véritable visite chez son médecin.
  • Après la vente, l’audioprothésiste malhonnête est aux abonnés absents. Il ne répond plus aux appels, n’est plus disponible. Il n’assure aucun suivi, aucun réglage pourtant si indispensable.

Aujourd’hui, de nombreuses personnes se sont faites appareiller alors qu’elles n’en avaient aucunement besoin. Ils n’hésitent pas à convaincre certains patients de l’utilité de se faire appareiller. La lecture de l’audiogramme est alors complètement faussée. Il s’agit de sur-appareillage.

L’arnaque est plus grave encore quand celle-ci touche des personnes qui ont réellement besoin d’audioprothèses. Les porteurs et porteuses reçoivent un appareil, mais n’ont aucun suivi ensuite. Ils se retrouvent avec un appareil, mais ne peuvent pas l’utiliser correctement. Aucun réglage personnalisé n’a été réalisé, aucun suivi n’est assuré.

Petit rappel : le véritable rôle de l’audioprothésiste

Comme nous l’avions déjà exposé dans plusieurs anciens articles, nous rappelons le rôle essentiel de l’audioprothésiste, ce professionnel de santé diplômé d’Etat spécialiste de l’audition.

  • L’audioprothésiste ne se limite pas à vendre un simple appareil auditif à un patient. Ce professionnel de santé doit accompagner, conseiller et orienter le patient.
  • Il doit régler les audioprothèses. Ces réglages prennent du temps. Écoute, attention, patience sont de rigueur. La première année, le porteur revient quatre à cinq fois consulter l’audioprothésiste afin d’effectuer des réglages plus précis.
  • L’audioprothésiste s’engage aussi à prendre soin des appareils en s’assurant de leur bon fonctionnement. Pendant 4 ans, l’audioprothésiste répare et entretient l’appareil. Le porteur revient au moins deux fois par an, tous les ans.

Bref, c’est un suivi régulier et un échange constant entre l’audioprothésiste et le porteur qui doit être fait.

Rappels essentiels pour éviter toute escroquerie

La sécurité sociale rappelle certaines règles formelles que les audioprothésistes doivent suivre et qu’il est important aussi de connaître du côté des futurs porteurs d’appareils :

  • un appareillage auditif est toujours vendu par un audioprothésiste,
  • l’audioprothésiste doit être diplômé d’état, ce diplôme doit être bien visible dans le centre auditif,
  • l’audioprothésiste ne peut exercer dans plus de trois établissements différents,
  • la vente d’appareils auditifs est complètement illégale à domicile, elle doit se réaliser uniquement dans un centre auditif,
  • un appareillage se réalise toujours suite à une consultation chez un ORL. Ce médecin spécialiste de l’oreille vous adressera une prescription médicale que vous pourrez présenter à l’audioprothésiste. Il est essentiel, indispensable de consulter un médecin avant de se faire appareiller. Et nous parlons bien d’une consultation physique dans un cabinet où l’ORL pourra prendre toutes les mesures nécessaires et mener des tests poussés dans une cabine insonorisée.
  • L’audioprothésiste a l’obligation de proposer un devis normalisé. Celui-ci doit mentionner deux modèles distincts d’audioprothèses, un de classe I et l’autre de classe II.

Fausses ordonnances, faux médecins, faux audioprothésistes, le Syndicat des audioprothésistes SDA tire la sonnette d’alarme. Ces escroqueries desservent la profession et court-circuitent la réforme santé. Aujourd’hui la fraude aux audioprothèses représente plusieurs millions d’euros selon la sécurité sociale.

1« Arnaques au creux de l’oreille » reportage TV à retrouver en ligne en accès libre : https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/video-arnaques- au-creux-de-l-oreille_6046955.html

Vous avez aimé cette article ?

Suivez-nous sur Facebook et Linkedin pour rester informé.